Green is the sea

Green is the sea
Nous étions des rendez-vous dans l’absolu parce que.
Nous sommes ce que nous sommes.
La somme en somme de ce qui nous façonne, de ce qui nous compose, de ce que nous composons avec. Ou sans.
Nous étions des rendez-vous dans l’absolu parce que.
Nous avions des choses à nous dire, à nous vivre, à vivre en nous.
La somme de ce que nous sommes à faire
ensemble.
A faire ensemble dans l’absolu, nous étions des rendez-vous.  
Des rendez-vous dans l’absolu, en tête à tête, en tête à être.
Nous avions des choses à nous faire, des choses sans avoir besoin de faire juste le besoin d’être et de nous faire.
Nous étions une nécessité.
Dans l’absolu.
Etre un nous à nous, dans l’absolu.
Nos rendez-vous, absolument.
Dans l’absolu nos allers les venues des aller vers, nos allers les venues vers l’avenir.
Nos rendez-vous, s’y déplacer de l’un vers l’autre. En un endroit précis.
Précis de nos rendez-vous. Précisément de là où l’un ou l’autre se tient.
Ce qui vit se tient.
Ce qui vit se tient à un endroit précis.
Aller vers ce qui se tient, se vit quelque part.
Vers toi.
Nous étions nos rendez-vous dans l’absolu.
A transformer le loin en près.
Nous étions nos rendez-vous dans mon absolu.
Là où tu te tiens.
En somme.
Il faut que je jouisse tu comprends
Il faut que ce qui se trouve à l’intérieur et qui me brûle sorte, décampe, dégage
Et que je respire

Il faut que je respire avec ma voix saisie par ton être de feu
Quand tu entres
En pointillés
Que mes lèvres reçoivent tes voyelles
Tes voyelles de doigts
Que mon sexe salive.

Il faut que je jouisse tu comprends
Que mes yeux se ferment et que ma bouche s’ouvre
A ma voix
Quand elle pétille à ta venue
Dans un souffle à jouir
Qui me remplit d’apparitions
Par à-coups
Ou longuement
Le parcours et l’éclair
Tu me pénètres
Et ma vague prospère.

Il faut que je jouisse tu comprends
Dans la grâce de ton évidence
Ta queue dans ma chatte
Crier recommencer.

Il faut que je te jouisse tu comprends
En chacun de nos chemins
Devenir et devenir pendant que tu me traverses
Flamboyante et lapée
Plus bas
Dedans
Tu te faufiles
Et je t’appelle en murmure ma résolution
Ta langue suit mon geste ou le précède
Tous les ciels en moi
Je vais de ce côté où ta langue me jouit à tomber
-je t’aime
Et je chute

Il faut que je te jouisse tu comprends,
Ni femme ni chienne ni pute ni aimante,
De l’autre côté tout contre
Quand tes yeux s’ouvrent sur mon impuissance la gueule ouverte comme éblouie
En plaisir de toi qui me traverse
Et que mon corps éclate et s’élance
Toutes les directions où je suis
Ni femme ni chienne ni pute ni aimante ni rien de plus
Que je suis
Tous les possibles
Quand tu es en moi
Je suis
Tous tes possibles autant que les miens
Quand tu entres
Glisse
Va et je deviens et redeviens encore
D’horizon à horizon
Heureuse
Dans le cri à venir.

Il faut que je te jouisse tu comprends
Que tu sois là et que tu m’envisages
Nue à tes nuits
Quand j’ai tout essayé
Toi et moi non diminués
Du rêve au réel qui vient.

Il faut jouir loin du neutre
Désormais vulgaire
Puisque la vague est devenue vague
Et que nous l’habitons.

Devenir et devenir
Toute ma peau y pense
Là où je suis
Là où je te pense
Là où ma peau
renouvèle ton inconnu
Et la nôtre
En devenir.

Mathieu Simonet / La Paternité

Certains ont pu lire ici un texte qui est extrait d'un récit que j'ai intitulé "En attaché".
Il est terminé. Il me faudrait juste passer le cap de trouver une adresse, de le mettre sous enveloppe et de l'envoyer.
En attendant il est là.
Parfois il circule sur ce blog, par petits bouts, pudiquement, il m'est encore pudique et sans retours. Un peu beaucoup encore dans la crainte de ce qu'on pourrait en dire, de ces retours qui viendront négatifs si toutefois des réponses y sont apportées et tout ce temps là qui viendra inscrire d'autres doutes supplémentaires.
Il est là ce récit intime que je crois pouvoir proposer tel quel. J'aurais besoin d'un regard, d'un accompagnement sans doute, de ce dialogue entre celui qui vient de recevoir et ces mots qu'on a mis en page, sans doute avec maladresse mais avec le cœur.

Souvent, les textes que je partage ici, je les accompagne d'un écho sur le réseau social. Ils voyagent un peu plus et les commentaires sont directs, quasi instantanés.

Celui de Pauline Sauveur a retenu mon attention parce qu'elle a évoqué un projet sur le blog de l'écrivain Mathieu Simonet "la paternité".
Il s'inscrit dans le prolongement de son dernier roman "Barbe rose" où il esquisse le portrait du père. La consigne est simple : écrire sur le père, adresser son texte à contact@mathieusimonet.com qui se chargera de le mettre en ligne sur son blog.

En allant visiter ce projet collectif, j'y ai retrouvé des voix que j'aime lire et qui me sont familières dont on reconnait tout de suite l'écriture et ces voix de père par touches pudiques, délicates, aimantes, dures, étonnantes créent une terre magnifique dans laquelle je suis heureuse d'y ajouter une petite brindille qui se trouve là : http://lapaternite.blogspot.fr/#!

Je pourrais très bien écrire à l’école que mon père s’appelle Fernando Pessoa ou encore Bernardo Soarès aussi bien que Ricardo Reis. Les gens auraient un nom à ronger, c’est tout ce qu’ils veulent avoir. Avec Frédéric Mistral, là où j’habite, on ne m’aurait pas pris au sérieux.  J’aurais pu être la fille du président de la République mais quelqu’un d’autre l’a fait et on m’aurait accusé de vouloir en mettre plein la vue.  Je pourrais dire que je suis la fille de n’importe qui si je voulais. Même si je n'en porte pas le nom. Les patronymes ne révèlent rien, parfois ils sont les lits des secrets où gisant on repose à peine nouveau-né.






Une seule fois j’ai voulu remplir le formulaire en notant le nom de mon père mais au dernier moment je me suis dégonflée, de peur que par ma faute, le monde entier s’écroule, qu’une très très vilaine chose nous tombe dessus ou pire, que dans mon verbe un poison y soit caché, quasi mortel et que pour me punir il ne la tue pas. Une lente agonie sans parole, en sidération, avec uniquement ses yeux pour me foudroyer, bien ouverts et tout en grand, suffisamment pour me faire comprendre qu’à présent je serai bien seule, que ce serait uniquement par ma faute et que je l’aurais bien mérité.

J’aurais pu le faire et rien de tout cela ne serait arrivé.
Il y a ceux qui savent, ceux qui cachent, ceux qui après coup se gonflent d’avoir toujours su, ceux qui s’indignent, ceux qui s’en foutent, et surtout, ce grand silence qui regagne les vies déjà bien mutiques et en grand besoin de bavardages pour se laisser croire qu’ils sont encore vivants.
Le nom de mon père m’est resté sur le bout de la langue. Il est ma première langue étrangère.
J'ai marché plusieurs jours
Sans savoir ni le jour ni la nuit
J’ai marché comme seul souvenir
Parmi des jardins
À la porte d’entrée.
Toujours la même
Sans regards.
J’ai marché pour marcher
Et sans connaître nulle fatigue
J’ai traversé les heures
Jusqu'à toi
Immobile.
Je gardais les bras ballants
Parfois ils touchaient terre.
Je parlais pour toi
En silence.
Ta voix dans la mienne
Était ta voix.
Celle que j’ai connue
Alors que mes bras
S’allongeaient
Au pays de ton corps.
J’ai marché plusieurs jours
Dans mon rêve
Et tes quelques mots d’amoureux




Qu’il y ait eu un violent orage ou pas ça ne change pas la donne. Il reste à imaginer son visage sous la pluie, les yeux fermés ou les yeux qui luttent, paupières tremblantes, une pluie qui l’aurait lavé de ce grand malheur. La pluie ne lave rien, sauf la terre peut-être, et encore, invariablement elle creuse.

Il s’était bien allongé dans le trou creusé par ses soins.
Combien de temps lui a-t-il fallu pour creuser ce trou ? ou bien est-ce qu’il était déjà là avant lui. Ça n’était pas n’importe quel trou, un trou près d’un arbre, tout près des racines.
A la guerre, on ne choisit pas sa tombe. On meurt là où on advient.
 
La guerre est-elle la même sur un sol caillouteux, désertique, dans des montagnes ou en prairie ? Comment ça se passe quand on ne meurt pas tout à fait, qu’on perd un bras, une jambe, un œil ou l’esprit. Peut-on perdre l’esprit dès lors qu’une balle nous perfore et combien de fois ? J’aimerais bien voir les statistiques et s’il y a des statistiques.
Le temps que je tape 110 526 morts aujourd’hui, nous sommes passés à 110 639. Combien de trous pour combien de décès ?
 
Les statistiques ne disent pas quels morts pour quelle guerre, ni quels morts pour quelle guerre contre soi-même. C’est bien vrai qu’il existe des mots dans le dictionnaire qui ne sont pas là uniquement comme une entrée mais bien pour trouver leur application quelque part.
L’histoire n’avait besoin d’aucune autre fin. Elle était bien ainsi, sans vraiment trop savoir.
Il y a cette route, une route à peine plus longue que son cercle de vie, resserré au plus proche de sa détermination à disparaître, comme il avait disparu aux yeux du monde. Il avait suffi d’une voix comme un écho, une voix qui fait mouche. Il suffit d’une voix dans une vie pour entendre sa propre voix, comme si l’autre pouvait nous interpréter, lire et dire à travers nous.
Il avait suffi qu’un étranger lui parle en frère pour que de nouveau l’humanité entre en lui et qu’enfin de nouveau, ses yeux aient le courage de regarder. Une lune pleine, peu importe l’épaisseur des nuages.
A quoi bon enterrer les vivants quand ils ne sont pas morts tout à fait.
Maurice Pons était assis dans son jardin. Comme tous les jours il lisait le journal sous son cerisier.
Parfois, à force de rester sous cet arbre, il lui semblait que les racines lui chatouillaient ses pieds.
Maurice Pons pensait à Siméon.
Il n’avait pas recouvert son corps de terre dans la vallée.
Ni lui ni personne n’aurait pu le faire.
Les corps alors étaient trainés au sol, entassés plus loin, les uns sur les autres, livrés au mieux à la pluie, à creuser encore après que les charognards aient fait leur besogne, comme ceux qui tournaient autour de la tête de Monsieur Badii.

Ça commence
Ça commence bien
Comme si tout recommençait
A l’aube de tes mains
Ça recommence
Si on y pense
Dans la tête
La main touche là où ça vient
Et ça commence
Ça commence très fort
Très bien
Très beau
Que ça ne s’arrête pas on se dit
On garde pour soi
Parce qu’on ne sait pas faire
Autrement
Que de garder
Pour soi
De peur que la magie nous quitte
Reparte d’où elle est venue
Hors de soi
Maintenant qu’elle est entrée
On garde
Seules des voix nouvelles s’échappent
Des voix d’un autre
Mêlées à soi
Que ça ne s’arrête pas
Ni ici ni plus loin
C’est léger
Légères secousses
Admirables et parfaites
Irrésistibles et ténues,
La chaleur se répand
Les doigts se perdent s’invitent et pénètrent
Sans aucun doute
Le corps est liquide
La peau est voilée
Le corps tient
Sans rien d’autre
Seul en l’autre
Ne plus avoir seul
Jamais
Les bouches réclament
Le ventre bout
La tête est légère
Si légère
Déchirant de légèreté
Comme ces fois où l’on danse une fois que tout le monde a quitté la piste
Les soirs de noces
Où les adultes s’en vont
Alors seul on danse
Juste pour soi
Dans une demi-obscurité
A l’abri des regards
Etre à soi
Comme maintenant y être
A deux
Tout près de tomber
Ne tenir à la terre que par un fil
Dont il faut taire le nom